Tell it like it is, Thomas Quasthoff

Thomas Quasthoff n'a peut être pas tiré le bon numéro à la naissance, ce qui a considérablement retarder sinon bloquer sa carrière de chanteur lyrique. Spécialisé dans l'interprétation de lieder, et donc d'enregistrements menés en studio, les portes de l'opéra furent longtemps fermées à cet étonnant baryton-basse.

Depuis quelques années et l'album The Jazz Album: Watch What HappensThomas Quasthoff diversifie son répertoire et tente des incursions inédites dans les musiques populaires entre deux enregistrements d'arias de Haydn, lieder de Mahler ou cantates de Bach.
Ce nouvel opus transgresse davantage les lignes classiques en s'en prenant aux classiques de la soul. Son titre se réfère à l'un d'eux, écrit par Aaron Neville, superbement mis en valeur à la fin du disque.
Le baryton se glisse avec perfection dans la peau des Ann Peebles (« I Can't Stand The Rain »), Stevie Wonder (« Have A Talk With God »), Willie Dixon (« The Seventh Son »), Ray Charles (« Georgia On My Mind »).
Servi par des arrangements sobres et délicats, il n'a rien à envier aux autres albums du genre.

Revisitant également une poignée de standards de songwriters (John Hiatt pour l'absolument magnifique « Have A Little Faith In Me »Randy Newman dans le doublement ironique « Short People »Tony Joe White poru « Rainy Night In Georgia »...), Thomas Quasthoff montre qu'il peut tutoyer les plus grands en mettant toute son âme dans ce répertoire inédit.

Tell it like it is, Thomas Quasthoff (Deutsch Grammophon)