Les voiles de la Belle Epoque 

           C’est en improvisant un état d’hypnose lors d’un show de cabaret que Loïe Fuller se découvre des facilités pour l’art de la danse. Mais une autre version circule : elle aurait découvert sa vocation à New York en 1889, grâce à un costume de scène trop grand : soucieuse de ne pas trébucher sur sa longue chemise de soie blanche, elle exécute de grands mouvements et le public réagit spontanément en s’écriant « Un papillon !... Une orchidée !... ». Elle se met dès lors à expérimenter une nouvelle forme d’art dansé : la manipulation de draperies sous des projecteurs multicolores.

La Danse serpentine (1891) est née et connaît un succès phénoménal, surtout à Paris où elle s’installe dès 1900. Ruth Saint-Denis et Isadora Duncan sont bluffées par le show qu’elles virent lors de l’exposition universelle de Paris.

La muse de la Belle Epoque voit sa compagnie tourner jusqu’en 1939, innovant sans cesse avec les nouveaux matériaux découverts (La danse du radium, 1906) et déposant des brevets par dizaines. Comme Isadora Duncan, la nature et les éléments ne cessent de l’inspirer, même si ces spectacles inclassables et dépourvus de narrations se répètent inlassablement et ne relèvent que très peu du mouvement dansé (mais plutôt d’effets scéniques). Le génie de Loïe Fuller tient plus de sa recherche sur l’espace scénique qu’elle révolutionne en cherchant sans cesse de nouvelles interactions entre le corps et l’espace. Elle préfigurera ainsi les travaux de Laban, mais aussi les effets de costumes d’Alwin Nikolaïs.