La danse considérée comme une tâche 

           Jeune danseuse, Anna Halprin découvre très vite la modern dance, avant de devenir  notamment interprète pour Doris Humphrey ou Charles Weidman (1944). Entre 1938 et 1941, elle étudie l'improvisation et dissèque des cadavres, afin de comprendre le fonctionnement réel du corps humain. A partir de 1942, elle danse à New York et rencontre John Cage, Robert Rauschenberg, Merce Cunningham et d'autres artistes d'avant-garde. S'éloignant résolument de la modern dance après la guerre, elle crée dès 1955 un groupe de recherche, le « San Francisco Dancers Workshop » où l’on retrouve Simone Forti, avec laquelle elle travaille à partir d'improvisations. Elle commence alors à danser en baskets ou en talons hauts, dans les parkings, les chantiers, et développe une approche de la danse profondément sensorielle et relationnelle.

 En 1957, elle invente le concept de Task', consistant à réaliser sur scène des 'tâches' ordinaires (manger, se laver, se dévêtir...), désubjectivisant le mouvement, et le débarrassant des préoccupations stylistiques stéréotypées. Anna Halprin introduit ainsi le quotidien dans la danse, scrutant l'anatomie de l'homme, ses désirs inconscients, ses pulsions sexuelles, son rapport à la nature (Five Legged Stool, 1962)

            En 1967, son spectacle Parades and Changes' fait scandale à New York – elle y danse nue - et la pièce est interdite pendant plus de 20 ans. En véritable poil à gratter, elle persiste et signe en mettant en scène le public de San Francisco dans une grand happening qui se déploie dans la ville, ce même public qui avait rejeté sa nudité (City dance, 1976/77). Autre provocation, la création d’une compagnie multiethnique, qui lui vaut les foudres du gouvernement qui lui coupe les vivres.

Depuis 1972, et suite à un cancer, Anna Halprin travaille avec des personnes malades du sida pour les aider à reconquérir leur corps qui les lâche : elle est alors une des premières chorégraphes à aborder la danse- thérapie. Aujourd’hui elle refuse toute idée de spectacle, lui préférant des rituels qui incluent de larges groupes, comme Circle the Earth (1986)