Le black feeling

           C’est à 18 ans auprès de Lester Horton, fervent défenseur des minorités raciales, qu’Alvin Ailey débute sa formation en danse. Jusqu’alors étudiant en langue romane et proche de la chorégraphe Katherine Dunham, il ne tarde pas à s’envoler vers New- York pour parachever une formation auprès de Doris Humphrey, Martha Graham, Hanya Holm ou Charles Weidman. Broadway accueille les premières créations de sa compagnie dès 1954. 4 ans plus tard il crée Alvin Ailey American Dance Theater qui, dès sa première création, Blues Suite connaît le triomphe. Le ballet Revelation (1960) scelle définitivement le style Ailey : lyrique comme peuvent l’être les negro spiritual, narratif à la Graham, expressif, sensuel et revendicatif.

La compagnie, exclusivement afro-américaine, sillonne alors le monde et ne tarde pas à devenir multiraciale. De crainte de s’enfermer dans un univers trop « ethnique », le chorégraphe, qui signera une cinquantaine d’œuvres, s’ouvre rapidement à divers genres : modern dance, classique, comédies musicales. Ailey réussit ainsi le tour de force d’être le premier chorégraphe de danse moderne à composer un ballet pour une troupe classique : Feast of Ashes (1962, Joffrey Ballet) sans pour autant abandonner sa patte (un phrasé rythmique du mouvement allié à une théâtralité éclatante).

Cette volonté de s’ouvrir à d’autres univers témoigne du désir de ne pas cantonner son art et sa culture dans un ghetto. Ce qui lui joue parfois des tours : nombreux critiques lui reprochent de ne pas avoir su établir un véritable style à force d’éparpillements et de touche-à-tout.

Côté thématique, il affectionne particulièrement les destinées tragiques d’artistes connus (The Mooche, 1975) ou les oeuvres abstraites explorant les caractéristiques du mouvement dans le cadre de scénarios ritualistes (The Lark Ascending, 1972).

Il décède prématurément à l’âge de 58 ans, sa compagnie est aujourd’hui gérée par Judith Jamison, ancienne danseuse favorite du chorégraphe pour qui il avait chorégraphié une des ses plus belles œuvres : Cry (1971). Immensément célèbre la compagnie continue triomphalement ses tournées, pendant qu’une nouvelle génération de chorégraphes afro-américains crée plus radicalement (artistiquement et politiquement). Ces derniers ne peuvent oublier qu’Alvin Ailey a ouvert une voie et offert un espace aux danses multiraciales.

http://www.alvinailey.org