La danse du peu

              Formé au CNDC d’Angers, pépinière française de chorégraphes contemporaines depuis son ouverture en 1978, Jérôme Bel danse un temps au sein des compagnies de Bouvier/Obadia et Catherine Sagna. Il assiste même le grand barnum organisé par Philipe Découflé à l’occasion de l’ouverture des Jeux Olympiques d’hiver d’Albertville en 1992. Mais très rapidement il se détourne des maîtres de la « Nouvelle Danse Française » pour une recherche sans concession.

            C’est en 1995 qu’il signe le premier acte de la non- danse avec une oeuvre portant son nom, 1 an après son premier coup de poing Nom donné par l’auteur . Ce style, déroutant au premier abord, commence à remettre le danseur et son corps à sa juste place. La non- danse amène les danseurs à se poser des questions sur leur art, tout comme elle questionne les structures en place dans le pays.

            Hérault de ce jeune mouvement, Jérôme Bel développe un art du peu qui hérisse certains, toujours prêts à crier au scandale, mais les pièces se suivent et marquent les esprits les plus éclairés : en 2001, The show must go on abolit encore plus les frontières scène- salle, danseur- spectateur. Cette oeuvre jusqu- au- boutiste est considérée à juste titre comme sa plus aboutie.

            Aujourd’hui il est appelé à créer des œuvres pour des institutions aussi prestigieuses que le Ballet de l’Opéra de Paris avec Véronique Doisneau (2004) où il approfondit sa thématique favorite : le processus d’identification, ou encore dans le cadre du festival de musique contemporaine de Vienne ( A house full of music).

            Son audace, sa critique radicale du regard sur le corps, l’économie du spectacle et son style délicat empreint d’humour ont su l’imposer rapidement comme un des jeunes chorégraphes français les plus prometteurs et innovants du moment.