La Blue Lady

 

           Alwin Nikolaïs rencontre Carolyn Carlson, alors étudiante, à l’université de l’Utah et ne tarde pas à en faire une de ses muses (1965/72), bluffé par ses excellentes qualités d’interprète. Trois ans après son Prix d’interprétation au festival de danse de Paris, elle revient en 1971 dans la capitale française pour y distiller les préceptes de la danse contemporaine américaine. Tout d’abord en tant que soliste- chorégraphe au sein de la compagnie d’Anne Béranger.

            A l’occasion d’une tournée européenne de la compagnie Nikolaïs où elle danse Kyldex, en Allemagne, Rolf Lieberman, alors directeur du théâtre d’Hambourg, la repère. Une fois en poste à la direction de l’Opéra de Paris, il la nomme étoile- chorégraphe (la seule à avoir reçu à ce jour ce titre) : elle éblouit le public avec son Density 21,5 (1973). Il lui offre la direction d’un groupe de recherche annexe à l’opéra : le GRTOP. Ce groupe attire très peu les classiques, mais les plus curieux des danseurs parisiens s’y pressent. En 1974, ils présentent Sablier Prison, essentiellement construit à base d’improvisations ce qui est révolutionnaire à l’époque. Après avoir contribué  à faire connaître auprès d’un large public la danse moderne, elle signe un dernier chef d’œuvre baroque The architects et s’envole vers l’Italie pour fonder le Teatro Danza avec son alter ego musicien René Aubry. A cette parenthèse italienne succède un come-back tonitruant en France avec la présentation de son chef d’œuvre Blue Lady (1984).

            Depuis elle partage son temps entre la création de groupe pour des compagnies prestigieuses (les dirigeant même parfois, comme le Cullberg Baletten, 1994/95), le CCN de Roubaix ou celui de Marseille (Out of Focus, 2002) ou encore la création de solo pour elle ou des danseuses (Marie-Claude Pietragalla  et son Don’t look back, 1999).

            Son style reste relativement immuable depuis ses débuts : fluide, aérien et onirique, fait de courbes, de cassures et de savants ralentis, il privilégie les thématiques minérales (Still waters, 1986). Les dernières œuvres ont abandonné peu à peu les rêveries et les fantaisies inopinées pour préférer la quête mystique (Signes, 1990 ; Vu d’ici 1995) où triomphe toujours sa superbe plastique.