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13 Juillet 2007
« Le mouvement est expressif au-delà de toute intention »
De ses débuts dans des vaudevilles à sa formation chez Martha Graham (dont il devient un des danseurs-phare de 1939 à 45), Merce Cunningham fait table rase de sa formation pour mieux réinventer la danse d’aujourd’hui, à jamais transformée depuis. C’est en rencontrant, en 1938, John Cage, alors pianiste des classes chez Bonnie Bird, que Merce Cunningham opère sa révolution. Ils entament là une des plus fructueuses collaborations danse/musique de l’histoire des arts vivants. Il commence dès lors à chorégraphier des solos (1944) mais aussi ses premières chorégraphies de groupe, œuvres qualifiées de « dadaïstes », construites à partir de structures rythmiques communes à la danse et à la musique. Mais le coup d’envoi de sa révolution démarre avec le procédé aléatoire à l’orée des 50’s (tiré di I- Ching). Il l’utilise pour déterminer l’organisation des éléments dansés mais aussi les directions, les déplacements, le durée du geste. Laissant le hasard décidé de la construction de son œuvre, le chorégraphe remet alors en question le rôle du créateur- démiurge.
C’est en 1953 au Black Mountain College, haut lieu de la danse moderne de l’époque qu’il crée sa première compagnie: Viola Farber, Paul Taylor, Carolyn Brown en font partie. John Cage en est le directeur musical durant 50 ans lui succède Paul Tudor et Kosugi. Recherchant plus que tout la non- modernité et le mouvement pur, en opposition aux pionniers de la danse moderne, il fait fi de la narration, de l’expressivité, de la danse comme illustration de la musique, repense l’espace scénique en le démultipliant et en rejetant sa frontalité. L’emploi du hasard pour élaborer ses chorégraphies aboutit à des combinaisons de pas totalement nouvelles, bien souvent complexes mais que Cunningham réussit toujours à maîtriser. Pour cela il met en place une « technique » qui combine le travail exemplaire du classique sur les jambes et les bras et celui parfait du tronc, hérité de Graham. Cette technique complète et exigeante permet aux danseurs de sa compagnie d’accomplir la danse véloce et pleine d’embûches du hasard cunninghamien.
Connecté à la scène artistique underground des 60’s et 70’s, Merce Cunningham va entretenir tout au long de sa carrière des rapports privilégiés avec des plasticiens comme Robert Rauschenberg (jusqu’en 1964) qui imagine de somptueux écrins pour Summerspace (1958) et Winterbranch (1964), puis grâce à l’entremise de Jasper Johns, Andy Wahrol (Rainforest, 1968), Franck Stella (Scramble, 1967). Même Marcel Duchamp intervient sur Walkaround Time grâce à un savant dispositif imaginé par J. Johns. Pour contrecarrer les critiques des post-modernes qui lui reprochent un goût avoué et revendiqué des plaisirs de la scène (donc du spectaculaire par extension), Cunningham et John Cage vont inventer les « events » dès 1964 (Museum event) : il s’agit alors d’investir des lieux non conventionnels et d’y danser brièvement un pot-pourri d’œuvres de son répertoire. Poursuivant toujours ses recherches sur le mouvement, le chorégraphe s’allie au réalisateur Charles Atlas. L’introduction de la vidéo, dès 1974, lui permet de dépasser le cadre strict de la scène. Ce champ d’expérimentations reste encore aujourd’hui un élément très en vogue dans les créations contemporaines.
Dernière nouveauté en date : le logiciel informatique « Lifeforms » qui lui permet depuis la fin des années 90 de reproduire des mouvements conçus via un ordinateur, combinaison incongrue que la technique devenue virtuose de ses danseurs reproduit excellemment : Enter (1992) fut le premier ballet à avoir été conçu ainsi (Windows, 1995)
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