L’intrépide festival Les Petits Pas

Du 11 au 23 février : Avis de grande fête pour le jeune public dans la région lilloise avec le festival Les Petits Pas organisé par le CDC-Danse à Lille. Présentation des festivités avec Célia Bernard, directrice artistique de la manifestation.

Quelle est l’origine de ce festival de danse contemporaine Jeune Public ?

Au début, nous programmions 2 à 3 spectacles par saison. L’implantation du CDC sur Roubaix a accru notre intérêt pour la sensibilisation à destination des établissements scolaires car nous avions remarqué un intérêt croissant pour nos propositions de spectacles. Pour répondre à cette forte demande, nous avons pensé ce festival. Dans un premier temps, il y a 7 ans, sous forme de pré-édition dans le cadre du festival Repérages. 3-4 spectacles étaient alors présentés, soigneusement choisis par le réseau CDC.

Comment conçoit-on une telle manifestation ?

Il a pu se monter grâce à nos diverses collaborations hors-les-murs. D’une durée de 3 jours à ses débuts, le festival est passé à 11 aujourd’hui et est présent sur l’ensemble du territoire lillois grâce à la confiance que nous accordent nos partenaires culturels locaux. Nous sommes historiquement le premier festival de danse contemporaine jeune public. Le succès que rencontre la manifestation depuis 7 ans n’aurait pu être possible grâce à eux. Ils sont notre force. En termes de programmation, c’est un challenge à chaque fois pour moi. J’ai toujours ces deux contraintes et objectifs dans ma programmation : focaliser uniquement sur le jeune public et la danse, ce qui limite forcément le choix et oblige à voir un nombre assez conséquent d’œuvres pour n’en retenir que très peu. Mes choix sont forcément purement subjectifs. Je suis moins sensible à tout ce qui tourne autour de la narration, aux univers très enfantin. Une danse plus abstraite, décalée et burlesque m’attire plus.

Et pluridisciplinaire aussi ? 

Oui car il y a indéniablement une ouverture à d’autres champs artistiques depuis quelques années. La vidéo notamment. L’image est un vecteur puissant, qui fait passer beaucoup plus de choses. La lecture d’une œuvre devient plus limpide avec ce médium. Autre grande tendance notable depuis 2-3 ans : intégrer dans le processus même du spectacle les jeunes spectateurs, apprentis-danseurs pour l’occasion. Ce procédé participatif est forcément ludique. On note également que les chorégraphes délaissent de plus en plus la frontalité dans leur dispositif scénique. La diversité des écritures et des formes artistiques est réjouissante pour le jeune public.

Quels retours avez-vous des enfants-participants au festival Petits Pas ?

Je tiens à distinguer une sortie scolaire ponctuelle d’un projet global de sensibilisation au long cours. La « consommation » de spectacle de danse contemporaine ne fait jamais le jeu de la sensibilisation. La pratique d’ateliers, des rencontres, des visites récurrentes et suivies sont bien plus « productives ». Les retours exprimés par les enfants qui suivent ce programme de sensibilisation est bien plus fort que celui d’un élève qui assiste, un soir, à un spectacle de danse contemporaine.

Et parvenez-vous, au fil des ans, à fidéliser des enfants… à faire qu’ils viennent et reviennent, de leur propre chef, voir de la danse ?

Avec nos petites mains c’est difficile de quantifier tout cela. Notre billetterie, non informatisée et individualisée, ne nous permet de savoir si un enfant ou un ado reviennent voir de la danse. Je pense que la sensibilisation à la danse est un travail au long cours. C’est pour cela que le festival Les Petits Pas s’allonge de plus en plus. C’est déjà une première réussite car elle témoigne de son intérêt.

Vous programmez le film-hommage de Wim Wenders Pina. Un film à destination des adultes, non ?

Pina nous parle de l’histoire de la danse. En ce sens, ce film est précieux. C’est la première fois que le festival intègre la diffusion d’un film dans sa programmation. On a toujours abordé l’histoire de la danse aux Petis Pas, notamment grâce à l’outil pédagogique développé par le réseau CDC. La question du répertoire y est abordée. Elle est nécessaire pour bien appréhender la danse sur scène. Cette mallette pédagogique est à destination des jeunes danseurs en fin de cursus chez nous, dans les Conservatoires de régions ou aux étudiants en option danse.

Quid des connaissances du jeune public en danse ?

Très sincèrement, les connaissances en danse contemporaine sont quasi-nulles. Les enfants ont de très rares repères, parfois rattachés à des chorégraphes ultra-médiatisés et plus souvent à des stéréotypes larvés notamment sur la danse classique. Nous avons cependant la chance que la région de Roubaix pratique beaucoup la danse orientale ou folklorique. Il y a donc déjà un attrait pour la danse. Ce qui facilite un peu notre travail de sensibilisation.

Marie Couillard et Sarah Nouveau vont animer une« Histoire de la danse contemporaine en dix dates » …

Le CDC de Toulouse a réalisé cet outil, à disposition pour tout le réseau. Des chercheurs et la Cinémathèque de la Danse y ont participé. On y aborde la danse sous l’angle de l’évolution de la technologie et de l’évolution de la société. La place à de larges extraits d’œuvres permet aux spectateurs de décrire ce qu’il voit et de dater l’œuvre en fonction de ce qu’il voit. Isadora Duncan, Maurice Béjart, Philippe Decouflé ou encore Michaël Jackson sont présents dans cette outil-vidéo. Le réseau CDC vient de réaliser une seconde mallette pédagogique qui elle s’attarde plus sur les chorégraphes-phares de la danse.

Votre coup de cœur de cette édition 2012 ? 

Je suis particulièrement attachée aux projets hors-les-murs comme ce spectacle qui va être programmé dans des communes où la danse est rarement visible. Dans les églises, les mairies, les usines vont intervenir des danseurs. L’idée est de jouer sur la proximité, l’interaction, de placer l’enfant et ses accompagnants au cœur du projet artistique. Bérénice Legrand, qui est à l’origine de cette déambulation participative appelée Itinéraires d'ici, de là et de chachacha", a un parcours atypique et extrêmement riche autour de la danse, la pédagogie, la communication. Son travail a une très forte résonance auprès du public et je suis ravie qu’il trouve place dans notre festival 2012.

Etes-vous les seuls sur ce créneau "danse contemporaine et jeune public" ? 

Nous sommes les premiers à avoir proposé un tel évènement en direction du jeune public. Je sais que le CDC d’Artigues-les-Bordeaux, programme cette année son premier festival de danse contemporaine Jeune Public : Pousse. Cette saison ils ont mis en place de manière indépendante leur manifestation, nous leur avons conseillé quelques chorégraphes… mais dès l’année prochaine nous espérons pouvoir partager notre expérience avec l’équipe. Créer des passerelles, des synergies, des collaborations artistiques n’est-ce pas l’objectif du réseau CDC ? 

Propos recueillis par Cédric CHAORY