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27 Janvier 2012
Androphyne, le protégé 2012 des CDC
A l’issue de la captivante représentation de Faîtes demi-tour dès que possible au CND de Pantin, le chorégraphe Pierre-Johann Suc, accompagné de Magali Pobel, répond à umoove et nous présente quelques-uns des « objets chorégraphiques non identifiés » de sa compagnie Androphyne. L’histoire d’Androphyne démarre au CNDC d’Angers. Une rencontre entre deux jeunes artistes en herbe qui très tôt se lancent dans l’écriture chorégraphique… Oui en 1998 plus précisément. La formation délivrée au CNDC était intéressante mais on nous délivrait une vérité toutes les une à deux semaines. A la fin du cursus avec Magali nous avions envie de vomir tout ce savoir accumulé donc du coup on a crée une première pièce dans ce sens. Biarritz et Pau sont tombés dessus et l’ont appréciée tout en nous faisant comprendre qu’il faudrait la retravailler. Des engagements sont tombés, une possibilité d’enchaîner sur une autre pièce donc nous sommes restés dans ce schéma. En toute simplicité en fait. Vous n’avez jamais ressenti le besoin d’être interprète au sortir de vos études au CNDC ?Non jamais. Face à un professionnel cela peut être parfois handicapant, surtout quand on nous demandait en préambule d’une éventuelle collaboration : « Pour qui vous avez dansé ? ». Répondre « Personne » nous a fermé beaucoup de portes. Certains nous ont même demandé si on savait tout bonnement danser. Comme si la caution d’avoir dansé pour tel chorégraphe reconnu était la prévue irréfutable d’une aptitude technique à la danse. Androphyne. Un nom bien énigmatique pour une compagnie de danse ? Ce mot existe vraiment même si nous ne le savions pas quand on l’a choisi. C’est un neurotransmetteur proche de l’endorphine. En sortant du CNDC il nous fallait trouver un nom de compagnie et il était entendu que nous nous n’appellerions pas « Compagnie Nous », ça c’est sur, du coup nous avons trouvé Androphyne. Un truc un peu adolescent qui consiste à mixer deux mots comme endorphine et morphine. On se rapproche aussi, avec ce mot mixé, d’androgyne. Nous aimons cette idée de trouble, d’objet ou de personnes que nous peinons à définir. Justement vos œuvres jouent sur la pluridisciplinarité, sur le mélange des genres… C’est venu au fur et à mesure ? De suite après le CNDC, enchaîner sur des spectacles où la danse avait une place centrale ne me convenait pas. Cela m’ennuyait déjà en tant que spectateur. Pendant un an je ne voulais plus voir un seul danseur, prendre un cours de danse. Un jour à Bayonne, j’ai rencontré un réalisateur. Nous avons beaucoup parlé ensemble, refait le monde plusieurs fois. A la suite de notre conversation j’ai eu le déclic et opéré mon retour à la danse en composant un solo. Ce fut l’origine de Faîtes demi-tour dès que possible. Ce solo fut donc motivé par un réalisateur, et non par un membre de la communauté chorégraphique. Comment avez-vous travaillé avec Magali sur ce projet et d’une manière générale comment fonctionne votre binôme ? Sur le solo, je faisais des propositions et Magali portait un regard extérieur sur ce que j’avais construit. Comme nous sommes en couple, elle ne pouvait pas se permettre de jouer la tiédeur dans son jugement par un « Ouais c’est pas mal ». Sur les autres pièces, on travaille ensemble, chacun apportant sa pierre à l’édifice, non sans mal. Il y a des clash, des règlements de compte le soir à la maison. ![]() (Pierre-Johann Suc) Votre père et votre fille participent à Faîtes demi-tour dès possible ? Oui, le sujet de la pièce, la filiation, s’y prêtait totalement. Physiquement, je savais que pour mon père tout se passerait bien car il a été professeur de karaté. Je pouvais lui donner une certaine gestuelle en sachant qu’il la maîtriserait assez vite. La première semaine de création fut compliquée : travailler avec son père, non-danseur, n’est pas vraiment simple au début… Il avait vu de nombreuses fois le solo qui ouvre Faîtes demi-tour, et comme cette pièce parle de la mémoire, je lui ai demandé de me reproduire les mouvements qu’il a retenus de cette pièce. On a construit tous les deux sa partie par rapport à son seul souvenir. Il a chopé très vite le système des bras, plus que les parties au sol qui de toute façon auraient été difficilement reproductibles pour lui vu son âge. Au fil de vos créations, vous naviguez d’un sujet à un autre. La filiation avec en arrière-fond la Shoah pour Faîtes demi-tour, la question de l’illusion et de la manipulation dans (…) ou pas. Avez-vous un fil rouge qui relierait au final toutes vos créations ? Le côté politisé je crois. Je crois que qu’un artiste est un artisan politique, enfin c’est vers cela que notre travail tend. Les créations d’Androphyne sont politisées mais sans faire de politique en somme. Et cela ferme des portes ? Parfois oui. Pour Faîtes demi-tour, nous avons présenté la pièce et donc le film en Allemagne et cela n’a pas été évidemment pour tout le monde. Pourtant quand nous sommes partis en Allemagne avec Eddy (Crampes, musicien d’Androphyne) pour le tournage, nous avons rencontré beaucoup d’Allemands avec qui nous discutions de manière informelle du projet, de l’Histoire. La diffusion de l’œuvre finie a par contre posé problème car là nous étions dans la représentation de leur Histoire. V Vous avez l’opportunité de faire la tournée des Centres de Développement Chorégraphique avec votre dernière pièce (…) ou pas. En fait chaque année, une pièce est coproduite par le réseau CDC qui s’engage à la diffuser dans les 11 lieux qui maillent le territoire métropolitain. Cette fois-ci c’était nous. (…) ou pas est une grosse machinerie. Nous sommes 7 sur scène, 12 en tout avec l’équipe technique donc nous sommes chanceux d’avoir été retenus avec ce projet relativement lourd. Chaque CDC propose un artiste qu’il affectionne particulièrement puis entre eux ils décident de l’heureux élu. Nous étions proposés par le Cuvier-CDC d’Artigues-les-Bordeaux et soutenus par Annie Bozzini du CDC de Toulouse. Nous sommes en plein dans cette tournée. Pour la première fois, on ressent l’importance de faire vivre sur du long terme une œuvre. (…) ou pas est en train d’écrire son histoire. L’œuvre évolue au fil des représentations. Son énergie prend une nouvelle force à chaque fois, tout se cale. Et l’après (…) ou pas, qu’en est –il ? Nous sommes en train de monter un projet avec un artiste polonais dont je ne peux pas encore dire le nom. On retrouvera bien évidemment la pluridisciplinarité d’Androphyne mais tout se construira au fur et à mesure des répétitions en somme. Nous fonctionnons vraiment au feeling, par l’échange et l’écoute. Par exemple nous n’organisons pas d’auditions car nous ne supportons pas cette idée de casting. Nous privilégions les rencontres, comme celle incongrue avec Eddy Crampes. Je l’ai rencontré dans les toilettes d’un festival. Il sifflotait un air qui m’a interpellé, on a entamé une discussion et de fil en aiguille il a rejoint l’aventure. Il n’écrit pas de la musique pour la danse et cela me plaît bien. Propos recueillis par Cédric CHAORY.
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