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06 Décembre 2011
Suite et fin des oeuvres chorégraphiques vues par Fanny Brancourt à l'occasion du Festival Danse Fragile des Bouffes du Nord !
![]() (Crédit photo: Eric Boudet) Seule la folie vous entendrez Agée d’à peine 25 ans, la chorégraphe et danseuse sud-africaine Dada Masilo, se produit pour la première fois en France. Formée à la Dance Factory de Johannesburg, Dada Masilo est une des nouvelles figures de la danse sud-africaine. Elle fut très remarquée lors de l’édition 2009 du Festival Dance Umbrella. The bitter end of Rosemary est un solo abordant le thème de la folie à travers le personnage d’Ophélie dans Hamlet. Débarrassée de la religion (elle jette une croix seul apparat qu’il lui restait), Ophélie exulte sa folie. Elle s’adresse aux uns et aux autres. Leur affirme : « I am not crazy ! ». Pourtant personne ne semble la croire, ou tout du moins l’écouter. Elle se heurte à sa famille, à la religion, à la société. Ophélie est nue. Elle ne lutte avec aucune arme si ce n’est sa chair, son corps. C’est avec une grande physicalité que Dada Masilo interprète son Ophélie. Sa folie paraît tellement envahissante qu’elle ne trouve jamais le repos, si ce n’est à la fin au bord de l’eau. L’énergie avec laquelle Dada Masilo défend son personnage, est impressionnante. La rapidité d’exécution de ses gestes, et la technicité de sa danse, illustrent bien cette folie. Mais à mon sens la desservent aussi. Il n’y a jamais de suspension ou de pause qui peuvent indiquer cet état particulier qu’est la folie. Ces moments où le doute subsiste, est-ce moi qui suit folle ou eux ? Cette frontière ténue incroyable où l’on est dedans et dehors. La danse de Dada Masilo devient alors performative et nous éloigne du sujet. Peut-être est-ce là jeunesse qui s’exprime ? La réussite de cette pièce relève, à mon sens, plus dans le choix de laisser Ophélie du début à la fin nue. Le corps nu, de la jeune sud-africaine, raconte tellement de choses face à tous ceux contre qui elle se bat et tente de se faire entendre. La nudité n’est dès lors pas un effet de style mais l’assurance du désoeuvrement le plus total dans lequel se trouve Ophélie. Je t’aime donc je te hais…je te hais donc je t’aime. Correspondances a été créé en 2007 par la chorégraphe sud-africaine NelisiweXaba et haïtienne Kettly Noël. A la fois cri de haine et cri d’amour, cette pièce est avant tout un pas de deux d’artistes. Des femmes, des danseuses et chorégraphes liées par leur vision du monde. L’une à Bamako (la ville où vit Kettly Noël depuis de nombreuses années) l’autre à Johannesburg, elles correspondent. Puis ce sont les retrouvailles, pour de vrai. Vient le temps des embrassades, des rires, des disputes de tout ce qui peut muer deux femmes aux différences lointaines. Elles sont à la fois les petites filles qui s’amusent et se font des coups bas, mais aussi les femmes qui prennent le pouvoir sur l’autre, ou encore qui dénoncent l’argent qui peut tout acheter même l’Afrique (Kettly Noël s’empare d’un micro afin d’exposer quelques vérités qu’on ne veut pas admettre, ou que l’on a trop admis sans les remettre en cause).Correspondances nous entraîne dans le jeu en permanence. Un jeu vache et jubilatoire. Kettly Noël et NelisiweXaba, exposent ce que deux femmes peuvent partager. Les petits riens qui les relient comme ceux qui les dépassent jusqu’à énerver l’autre, et le pousser dans ses retranchements les plus profonds. Les frontières entre ce qui les lient et ce qui les séparent, sont floues et poreuses. Finalement, elles finissent pas boire le même lait, et sont dépouillées de tout artifice.Ce spectacle s’apparente à un franc sourire, piqué de sournoiserie et de tendresse. La danse des deux chorégraphes et leur jeu de scène nous fait rire. Un rire qui passe du jaune à l’éclat. Fanny Brancourt.
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