Toto l’homme, Toto la femme

 

 

Suite à une résidence de quinze jours dans le grand studio du Collectif, à Rennes, le  danseur uruguayen Roberto Vidal donne la phase 2 du solo "LA TOTO" et c’est avec beaucoup d’émotions, souvent contradictoires, que l’on reçoit cette pièce dansée écrite et interprétée par l'auteur. Un personnage se dessine sous nos yeux, tour à tour fragile, étonnement disponible et révélant, à travers une esquisse, un magnifique danseur...

 

Roberto Vidal est l'espace de quarante minutes délicieuses, LA TOTO, une femme, un homme qui cherche  son chemin et qui le trouve grâce au transformisme, aux notes d'humour violemment épicées de nostalgie, une technique savamment maîtrisée .L autodérision qui ponctue ses gestes prend d’autant plus de sens lorsque l’on saisit qu’il nous parle de sa vie, de ses souffrances, de ses illuminations et surtout par-dessus tout de sa détermination à vivre ainsi : homme et femme à la fois! 

La lumière discrète mais cependant tenace met les contours du corps en valeur, clair-obscur sous-tendu qui nous rappelle les paysages oubliés de nos soirées délirantes, nos fantasmes jaillissent enfin libérés par ce qu’exprime ce danseur qui bouleverse les cadres de la danse contemporaine, nous rappelle qu’il n’est rien de meilleur qu’aller chercher au fond de nous et lire à livre ouvert l histoire de nos vies pour mieux la restituer sous forme dansée.

Roberto Vidal est de ceux qui disent vrai. Il est de la trempe de ceux qui cherchent obstinément à comprendre comment le monde est fait, qui sait quelle direction prendre... celle du corps qui s'efface devant des choix musicaux qui sont le sous-bassement décalé de toute vie de drag queen ! Et le corps enveloppé par ses musiques, que notre inconscient appelle de toutes ses forces, se laisse bercer de mélancolie, de sensualité, de force ingénue, pour retomber cruellement dans le disco éternel de Staying alive... Let's dance !
 

Sans jamais tomber dans le vulgaire, nous assistons ici à la transformation d'un homme en femme, un être  qui rêve enfin quelques instants et nous laisse accéder à son intimité. A tel point ...qu'elle devient  nôtre et la question arrive : aurions nous oublié nos rêves en chemin? 

La subtilité de Roberto Vidal tient dans une main tendue perpétuellement rieuse et triste à la fois, une main de Danseur INCONTESTE qui nous offre la possibilité de deviner les pourtours infinis des contrées humaines. Il suffit de se laisser porter.

Léone Beausoleil
 

Le 22 juillet 2011, Le Garage (collectif danse Rennes Métropole)