Insoutenable soumission.

 

Southern comfort expose les rapports de force qui peuvent s'exercer dans toute relation. C'est d'abord une femme qui mène la danse. D'une main ferme, d'un aplomb verbal à la limite du respect, elle impose sa façon de faire et de voir à tout le monde, "It's my show" dit-elle aux musiciens, danseur et régisseur. Elle décide des placements de chacun, de la lumière qui doit l'éclairer, de la façon dont on doit la porter. Un vrai petit tyran plein de grâce, de légèreté et de souplesse. Mais un tyran malgré tout. Le rapport de force va s'inverser. "I don't want to be a slave" énonce son partenaire tyrannisé. Il s'affranchit de sa maîtresse et lui inflige l'humiliation, jusqu'à la laisser seule avec ses ordres, ses faiblesses, et son impuissance à tout maîtriser. 

Ce duo créé par Gregory Maqoma en 2001, témoigne de la complicité qu'il partage avec la danseuse Shanell Winlock. Tous deux originaires d'Afrique du Sud, ils sont issus de l'école Moving into Dance à Johannesburg. On sent qu'ils sont liés par une culture commune et qu'ils ne cessent par différents chemins de pratiquer une danse métissée. 

Southern comfort, traite avec humour et de manière acerbe du rapport entre deux êtres. Le mépris avec lequel, la danseuse traite les gens qui l'entourent, peut tout à fait s'apparenter (à une plus grande échelle) à celui dont on traite, nous les pays du Nord, les pays du sud. Le rapport de force qui se joue entre deux personnes peut être extrapolé au niveau de pays et de continents. 

 

Ce duo est empreint malgré son sujet, d`une grande légèreté et d`une incroyable dérision. Le spectateur rit, surpris de cette ingratitude dont fait preuve la danseuse et de la réaction soumise de ses partenaires sur le plateau. Le rire prend une autre couleur des lors que les rôles s`inversent. Nous sommes alors transportés dans un autre type de gravité.

Les deux danseurs illuminent le plateau par leur grâce, la qualité de leur danse et de leur interprétation. Southern Comfort se termine et nous laisse orphelins de deux artistes talentueux.


 

De l'importance de ce qui nous lie

 

Sidi Larbi Cherkaoui, Gregory Maqoma et Shanell Winlock se sont rencontrés à P.A.R.T.S l'école d'Anne Teresa De Keersmaeker. Mais ils ont aussi en commun la rencontre avec Akram Khan. Ce dernier à en effet participer à la création de Gregory Maqoma Beautiful Me, il a chorégraphié avec Sidi Larbi Cherkaoui le duo dont ils sont les interprètes, Zero Degrees enfin Shanell Winlock danse dans sa compagnie (l'Akram Khan Dance Company) depuis 2002. Leur rapport à la musique et au rythme est emprunt entre autre du travail d'Akram Khan.

Shanell Winlock et Gregory Maqoma partagent le plateau avec trois musiciens et quelques mètres de corde. Autour de cet élément plein de significations (le mot étant tabou au théâtre, on lui préfère celui de guindes), la question du lien nous est posée. Qu'est-ce qui nous lie et nous relie ? De quelle nature est notre attachement ? Comment les nœuds se font et se défont ?

 

La corde manipulée est à la fois créatrice de beauté, des jardins japonais se dessinent ici et là, des arbres tombent du ciel; elle accorde et raccorde les êtres, mais elle est aussi signe de mort (c'est avec elle que l'on se pend où que l'on est pendu), de discorde. Développement en quelque sorte du premier duo Bound (attaché), témoigne un peu plus encore du métissage qui relie les deux interprètes Shanell Winlock et Gregory Maqoma au chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui. On les regarde évoluer parmi cet élément aux formes et au sens multiples. Ils sont avec, à cote, dedans leur exploration est permanente. Ils se cherchent, se trouvent puis s’éloignent. Une allégorie des rapports humains se joue ici.

 

Bound s`imprègne de toutes les richesses de ces interprètes autant que du chorégraphe. Elle est la corde qui relie les univers de chacun et s’en éloigne en même temps. Les manipulations des danseurs de ces guindes nous rendent attentifs. Qu`est-ce qui apparait lorsque celles-ci se nouent ou se dénouent ?

L`histoire se crée sous nos yeux. Elle surprend et invite les danseurs à l’échange, au retrait. La corde qui les relie jusqu`au bout, malgré les évènements qu`ils traversent, ne vit que parce qu`ils sont deux a la tenir. L`existence d`une chose ou d`un être est souvent liée a celle d`une autre chose ou d`une autre personne.

Bound, exprime la sensibilité du lien. Un lien créateur reliant les êtres en général et ce soir la les danseurs eux spectateurs.

Fanny Brancourt.

Le mardi 21 juin, Théâtre des abbesses (Paris)