FNB Dance Umbrella, vers un dernier tour de piste ?

 

 

(Mzobane, William Mbango)  

Du 27 février au 14 mars, l’Afrique du Sud honore la danse contemporaine avec le FNB Dance Umbrella, rendez-vous culturel phare du pays. Tout en continuant d’écrire l’histoire nationale et internationale de ce genre chorégraphique, le festival en profite cette année pour narrer l’Histoire du pays avec un grand H à travers une trentaine de pièces. Mais cette éditon sonne t-elle glas de l’évènement sud-africain incontournable ? 

Fin février, comme toujours depuis 22 ans, la ville de Johannesburg célébre la danse contemporaine à travers son très attendu festival : le FNB Dance Umbrella. Cette année encore la fête promet d’être des plus somptueuses mais une ombre plane sur ce qui est devenue, au fil des ans, la plus importante plateforme de la création chorégraphique africaine. « La First National Bank nous a prévenu que 2010 signait la fin de leur soutien. Ne pouvant compter sur la fiabilité des aides gouvernementales et de la Société des Loteries, je crains pour l’avenir du festival » s’inquiète Georgina Thompson, dynamique et malgré tout optimiste directrice artistique du Dance Umbrella.  

Imaginé quelques 6 années avant la fin de l’apartheid (1994), l’évènement culturel doit tout à l’esthète Phillip Stein, dont la compagnie Promotions Vita œuvre au développement des arts vivants sud-africains. Objectif avoué du Dance Umbrella : dénicher les talents locaux de la danse contemporaine. Et c’est peu d’affirmer que ce pari fou à bouleverser en deux décennies le paysage chorégraphique de l’Afrique propulsant sur la scène internationale des artistes de haut-vol. Parmi eux : Robyn Orlin, Boyzie Cekwana, Gregory Maqoma ou encore la compagnie Via Katlehong Dance. 

L’Afrique du Sud, Le pays de la danse contemporaine 

En offrant un espace scénique à de jeunes pousses, en les accompagnants dans leur démarche artistique, mais en éduquant aussi un public totalement novice en la matière, le festival a grandement participé à la reconstruction socioculturelle d’un pays alors en plein tourment. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : « Je dispose d’un budget d’environ 800.000 $ et travaille avec deux personnes tout au long de l'année pour organiser cette festivité. En plein festival c’est une équipe de 20 personnes qui travaille à l’administratif, la communication, la technique et la production. Je suis heureuse de voir qu’aujourd’hui près de 4.000 spectateurs se pressent dans nos théâtres pour découvrir notre programmation. » souligne Ms Thompson. 

Des curieux du premier jour aux étudiants et balletomanes assidus des dernières éditions, le public sud-africain (d’une moyenne d’âge de 25-35 ans) afflue au Dance Umbrella, savourant l’occasion trop rare de voir de la danse à Johannesburg. Plus que l’opportunité de s’immerger dans un univers méconnu, les spectateurs viennent ici fêter l’insolente créativité de leurs chorégraphes. En 1999, l’artiste Robyn Orlin présente Daddy, I’ve seen this piece 6 times before and I still don’t know why they’re hurting each other. L’auditoire retient alors son souffle face à l’œuvre iconoclaste tout en comprenant que leur pays n’a plus souffrir de la comparaison avec les artistes occidentaux. Ouvrant grand les portes de la création chorégraphique made in Afrique du Sud, Robyn Orlin devient l’artiste la plus en vue du siècle finissant. Dans son sillage, nombreux danseurs s’essayent avec succès à la création, décomplexés et irrésistiblement inventifs. Car la force du Dance Umbrella est de faire la part belle à la relève comme l’explique Georgina Thompson : « Stepping Stones et Mixed Bill sont des rendez-vous très importants du festival car c'est là que nous découvrons de nouveaux talents que nous essayons ensuite d'aider à travers des résidences. Des artistes comme Vincent Mantsoe ont commencé à travailler sur ces plates-formes. » 

Justement Vincent Mantsoe, programmé cette année avcec sa dernière pièce SAN, garde un souvenir ému de ses premières pas au Dance Umbrella : « J’entretiens un rapport très sentimental avec ce festival. J’y ai crée mon premier solo. (Bupiro-Mukiti en 2002). Au fil des années j’ai pu apprécier l’évolution de la programmation et la professionnalisation de l’évènement. Au début vous pouviez y voir surtout des créations très townships, toutes droit sorties de Soweto, mais désormais ce sont 5 à 6 grandes compagnies internationales invitées chaque année. J’apprécie cette ouverture vers d’autres cultures, confrontées sur une même scène à des œuvres locales. » 

La fuite des cerveaux vers une Europe plus accueillante 

Aujourd’hui installé dans l’Allier avec sa jeune compagnie, Vincent Mantsoe a quitté comme Robyn Orlin et tant d’autres, l’Afrique du Sud. Qu’importe les salles combles du FNB Umbrella Dance, les instances publiques tardent à prendre conscience de l’importance d’une vraie politique de soutien envers la danse contemporaine. « Il règne ici une grande confusion dans l’esprit de nos dirigeants. Pour eux danse traditionnelle, ballet classique et performance contemporaine forment un tout étiquetté DANSE. Ils n’ont pas conscience que les grands ballets classiques attirent finalement qu’une élite. Ce sont pourtant ces structures qui se voient attribuer la totalité des subventions, au détriment d’artistes à la démarche plus moderne et beaucoup plus en phase avec les attentes du public du pays » Même son de cloche pour Vincent Mantsoe : « Je suis aujourd’hui marié à une française, j’ai fondé une famille en Auvergne. Mais au-delà de cette dimension personnelle, je sais que jamais je n’aurai pu développer mon art en Afrique du Sud. Les aides gouvernementales y sont totalement inexistantes. A ma connaissance il n’y a que 2 ou 3 compagnies contemporaines (dont celle de Gregory Maqoma) qui jouissent d’un budget alloué par l’Etat et le National Art Council Je le regrette car d’incroyables richesses artistiques dans mon pays n’attendent qu’à rencontrer le  public.» 

Constat amer et qui se vérifie partout sur le continent : Germaine Acogny, l’illustre sénégalaise, le duo burkinabé Salia nï Seydou ou encore ces jeunes espoirs de la danse révélés récemment au Maghreb, tous accueillis en grande pompe dans les théâtres européens tentent d’imposer leur art dans leur propre pays. Bon an, mal an. Cette fuite des cerveaux occasionnée par le désintérêt des politiques désole Georgina Thompson qui avoue inviter tous les deux ans Robyn Orlin et ses pièces terriblement avant-gardistes pour son pays afin de « s’assurer de ne pas la perdre complètement ». Là encore, on reconnaît l’incroyable ressource et optimisme de la directrice qui se bat bec et ongles pour que son festival international passe le cap du quart de siècle. Pour l’heure, elle met à profit son peps dans l’édition 2010 où pas moins de 35 spectacles vont investir la cité de Johannesburg. Une fête qui, on l’espère ne sera pas, ultime. 

Cédric CHAORY. 

La danse comme une page d’histoire

Du Batsumi de Thabo Rapoo où l’Afrique du Sud n’est peuplée que de chasseurs-cueilleurs au chorepoem de Musha Hlatshwayo (Moses) qui vous immerge dans l’Afrique du Sud post-Thabo Mbeki, le FNB Dance Umbrella 2010 entend vous faire réviser l’histoire de ce grand pays d’Afrique australe. Eminement politique (Black… White ! de Nelisiwe Xaba), la programmation du festival brasse quasiment toutes les époques du vaste pays, et bien souvent ses heures les plus sombres. On y danse la révolte de 1917 (Mendi 2, Mamela Nyamza), on y dénonce les conditions d’exploitation des mineurs-travailleurs illégaux (UNTITLED, Sbonakaliso Ndaba) mais l’on sait aussi être plus léger en célèbrant la mouvance colorée et festive des pantsulas (Mzobane, William Mbango) ou en proposant le hit théâtral de l’année écoulée : Stadium d’Andile Sotiya. Le hip-hop hexagonal (Wanted Posse) et la danse contemporaine réunionnaise (Eric Languet) trouvent également leur place dans une programmation à l’éclectisme de bon aloi. Autre rendez-vous incontournable : le FNB Gala Evening qui propose 5 des plus emblématiques pièces découvertes lors des précédentes éditions. Un coup d’œil dans le rétroviseur des plus réjouissants pour une édition qui l’est encore plus. 

Cédric CHAORY.

http://www.at.artslink.co.za/~arts/umbrella/index.html