| PUBLICITE |
|
07 Décembre 2011
De la beauté bleue des bagnards
![]() (Crédit photo: Bernard Duret) Sur scène, sept individus errent dans la blancheur clinique d’une cour de prison dont nul ne peut s’échapper. « Traversés par la colonisation, l’extermination, la migration économique, l’oppression sexuelle… », ils vivent reclus dans un espace où tout est vu et rien ne peut être dissimulé. Du blanc, du bleu Klein qui tranche, quelques plots. Dans son écrin minimaliste Le Bagne par Bernardo Montet laisse exploser l’énergie du désespoir. Fasciné par l’œuvre de Jean Genet qu’il découvre adolescent, Bernardo Montet s’inspire, pour sa dernière création en tant que directeur du Centre Chorégraphique National de Tours, du Bagne. Avec radicalité et profondeur. En explorant l’une des questions abordée dans la pièce de Genet, celle de l’assignation (qu’elle soit sexuelle, religieuse ou morale), le chorégraphe signe une œuvre forte et hypnotisante.Amassés, à bout de souffle, solitaires, soumis ou dominants, les corps de Des Hommes sont multiples, hésitant toujours entre l’abandon et l’explosion au gré de sursauts d’énergie ou d’évanouissements. Ici, les baisers entre homme sont tristes, les mains liées empêchant les étreintes passionnées, les exhibitions de nègres très « Exposition Universelle », les genres troublés à coups de rouges à lèvres et de coupe garçonne. Autant dire que le vivre-ensemble y est pour le moins réjouissant. Alors anxiogène Des Hommes ? Non, car ce serait oublier la captivante danse incarnée que propose là le chorégraphe. Exigeante et radicale, refusant tout compromis avec le spectaculaire, cette danse ne cesse de fasciner. Ici, elle dessine une œuvre picturale incessamment tourmentée. On songe à une toile pointilliste où de fugaces coups de pinceaux bleu roi viennent animer un cadre blanc décidément trop aride. Entouré de danseurs magnétiques, le queer chevillé au corps, Bernardo Montet vous immerge dans un univers carcéral d’où naît une amère poésie. En quittant la pénombre de ses précédents soli (Batracien l’après-midi, Switch me off…) pour la lumière pleins feux, l’artiste compose une œuvre puissante, une de ses plus violentes aussi. « C’est une création très importante pour moi : je sens que quelque chose de nouveau commence, dans ma façon de travailler et dans les préoccupations qui m’animent. » confiait récemment Bernardo Montet. Bientôt affranchi de son mandat au CCNT, le chorégraphe annonce avec Des Hommes le cap à venir de ses futures œuvres : de la radicalité et de l’exigence intellectuelle que nous pourrions résumer par de l’intégrité artistique tout simplement. On pourrait croire ces hautes intentions vouées à l’échec en ces temps où le divertissement est roi mais pourtant elles séduisent. Ainsi les adolescents présents dans la salle ce 2 décembre affirment avoir été remués par Des Hommes. « C’était bizarre mais c’était beau » comme ils disent. De quoi ouvrir le débat sur l'essence de la beauté, non ? Cédric CHAORY. Le vendredi 02 décembre, CCNT (Tours)
|
|